La problématique du travail collaboratif augmenté par les supports numériques mobilise plusieurs concepts clés développés au sein du laboratoire COSTECH. En premier lieu, étant concepteur de ces dispositifs, nous adoptons une posture énactive (Stewart et al., 2014) qui nous amène à reconnaître que l’introduction de nouvelles technologies va modifier la manière de collaborer et réciproquement. Nous faisons donc co-évoluer les dispositifs techniques et la manière de les utiliser.


Nous adoptons aussi une approche cognitiviste non computationaliste et faisons l’hypothèse que pour collaborer les personnes externaliser des représentations pour les partager. Les environnements numériques tactiles collaboratifs, combinés à des instruments individuels et à des méthodes de travail spécifiques démultiplient ces occasions de confrontation et de co-construction. En effet, nos premiers résultats de recherche ont montré que ces environnements permettent une meilleure distribution du temps de parole et des croisements perceptifs favorisant la collaboration. Nous constatons aussi que lors d’un travail collaboratif, pour progresser et coordonner leur travail, les équipes conçoivent et manipulent des objets intermédiaires :

• états intermédiaires de représentation du produit : Dessins, maquettes, prototypes virtuels ou physiques, concepts, fonction, planning, risques, idées, etc. (Darses 1997);

• états intermédiaires de représentation du projet : Concepts, fonction, planning, risques, idées, etc. (Chia et al. 2002, Gidel et al. 2005).

Ces états intermédiaires de représentation permettent aux membres de l’équipe de partager des informations, de s’accorder sur une vision, des objectifs, et sont un support pour la prise de décision (Rogers et al. 2006, Tse et al. 2007, Tory and Staub-French 2008). Ils contribuent au processus de conception ou résolution de problèmes collaboratifs. Une communauté́ internationale active réalise des recherches dans ce domaine connu sous le nom de CSCWD (Computer Supported Collaborative Work in Design) (Collis 1994, Stacey et al. 2004, Restrepo et al. 2005, Tuddenham and Robinson 2006). La communauté CSCW est plus connue.


Nous formulons trois grandes catégories de questions :

1. Soutenir le travail collaboratif en augmentant les capacités cognitives individuelles et collectives ou en redistribuant les charges cognitives : Comment augmenter les capacités cognitives individuelles et collectives ? Comment améliorer la conception, la créativité et la résolution de problèmes en équipe ? Quelle valeur ajoutée les instruments tactiles utilisés apportent-ils aux pratiques collectives de résolution de problèmes ? Comment évaluer les interactions autour de ces dispositifs ? Nous recherchons une évaluation scientifique des possibilités et des limites de ces dispositifs pour l’apprentissage de la collaboration, au niveau personnel en vue d’une meilleure intégration professionnelle.

2. Améliorer l’apprentissage du travail collaboratif en prenant appui sur une approche inductive (apprendre en faisant) : Quelle est l’influence de ces dispositifs numériques sur la mise en œuvre et sur le déroulement de situations de travail collaboratif ? En quoi sont-elles susceptibles de donner lieu à des apprentissages individuels ? Dans quelle mesure ces dispositifs constituent-ils des ressources ou des contraintes, face à l’enjeu de collaboration entre les participants? Nous recherchons une évaluation scientifique des possibilités et des limites de ces dispositifs pour une collaboration efficace, du point de vue de l’individu et du groupe. Nous proposons d’adopter des regards croisés basés sur la collaboration (approches cognitives) et sur le travail en mode projet (approches ingénierie).

3. Conduite du changement, adoption et diffusion des dispositifs numériques pour le travail collaboratif : Quelles modalités d’accompagnement mettre en place pour favoriser le processus d’appropriation des dispositifs numériques par les participants d’une part et par les animateurs d’autre part ? Quelles modalités d’accompagnement des situations de travail collaboratives favorisent l’apprentissage? Nous recherchons des modèles, méthodes ou approches permettant de développer l’autonomie des acteurs et la diffusion de ces pratiques.


Depuis 2009 des chercheurs de l’UTC travaille sur ces questions. Plusieurs projets de recherche ont été réalisés en collaboration avec des laboratoires de l’UTC (Costech, Heudiasyc), de l’UPJV (Mis) et avec le soutien du Centre d’Innovation de l’UTC. Depuis 2017 avec l’université de Lille 3 (CIREL).


Thierry Gidel a développé cette plateforme dont il a la responsabilité scientifique et à ce titre coordonne plusieurs projets qui y sont menés. Il assure la gestion de la maintenance et de l’accès aux dispositifs. Il a aussi la responsabilité scientifique directe de plusieurs projets de recherche réalisés sur la plateforme et qui contribuent à la faire évoluer.

 

Problématique et questions de recherche